Revue de presse du 08/04/2020

8 avril 2020 – REVUE DE PRESSE

Actions des professionnels de santé face à la crise Covid-19

La pandémie de coronavirus est désormais considérée par l’ONU comme la pire crise affrontée par l’humanité depuis 1945.

  • Le confinement

 Un confinement “probablement prolongé”, a estimé dernièrement Édouard Philippe. Le Premier ministre a rappelé qu’avant d’évoquer toute stratégie de «déconfinement», les Français devraient «probablement» rester «plus longtemps» à la maison.

Selon les données publiées par Google concernant les effets du confinement, basés sur les données de géolocalisation de certains utilisateurs, les déplacements vers des “commerces de détail et de loisirs”, tels que les restaurants, les centres commerciaux, ou les cinémas, ont baissé de 88% en mars.

Google va mesurer les effets du confinement en publiant à partir d’aujourd’hui des statistiques issues des données de localisation. Téléchargeables sur un site dédié pour plus de 131 pays dont la France, ces rapports doivent révéler les “tendances générales des mouvements de personnes au fil du temps et par zone géographique, dans différentes catégories d’endroits”.

  • L’appel des soignants

 Face au coronavirus, le personnel soignant appelle à l’aide. Confrontés à la pression du service et à celle de leur famille, beaucoup demandent un soutien psychologique.

 En visite dans une usine de masques chirurgicaux, le président de la République a multiplié les annonces concernant la production de masques et de respirateurs sur le territoire national.

Le directeur de l’Agence régional de santé (Paca) a lancé un appel à la mobilisation ce mercredi parce que « la situation sanitaire en Ile de France et en Grand-Est se tend de plus en plus » vis-à-vis du nouveau coronavirus. Ce dernier espère des réponses « dans la journée » et « de toute urgence ».

L’AP-HP a fait appel à des soignants qualifiés pour renforcer ses équipes face à l’épidémie. Si le manque de lits et de médicaments l’inquiète, le directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, salue la mobilisation des soignants. Selon lui, cette crise transforme profondément le monde hospitalier.

Les youtubeurs Mcfly & Carlito organisent un « Maradon » caritatif en soutien aux soignants et aux Ehpad, avec la participation de nombreuses personnalités. Les fonds seront reversés à la FHF et à la Fondation des Hôpitaux de France. Plus de 400 000 € ont été collectés à l’issue de l’opération.

 

QUELQUES ARTICLES IMPORTANTS SUR LES ACTEURS EN PREMIÈRE LIGNE
  • Les pharmaciens

Coronavirus : les violences contre les pharmaciens se multiplient

La présidente de l’Ordre des pharmaciens dénonce une recrudescence des violences allant des insultes aux agressions à l’arme blanche. Elle fait part de sa colère alors que les pharmaciens sont plus que jamais mobilisés pour assurer la continuité des soins des malades.

Violences conjugales : un dispositif d’alerte en pharmacie

Un système d’alerte pour les femmes victimes de violences de la part de leur conjoint sera mis en place dans les pharmacies en cette période de confinement, a annoncé hier soir le ministre de l’Intérieur.

Les pharmaciens en première ligne

Depuis le début de la crise sanitaire, ils jouent un rôle central. Bien plus que de simples commerçants, ces spécialistes des médicaments rassurent et aident les plus fragiles.

Coronavirus : “Les pharmacies sont aussi en première ligne face à l’épidémie”

Assistance téléphonique, gestion de stocks de masques pour les professionnels de santé, renouvellement exceptionnel de traitements, accueil des femmes battues… les pharmacies sont également mobilisées en première ligne pour faire face à la pandémie de coronavirus Covid-19.

  • Les infirmiers libéraux

Coronavirus : un collectif d’infirmiers libéraux “à poil” contre le manque de moyens

Le collectif “SOS soignants en danger” revendique plus de 250 infirmiers libéraux dans une dizaine de départements.

Un gel hydroalcoolique inefficace contre les virus distribué samedi à Nice aux infirmiers libéraux: la Ville alerte les professionnels après son erreur

Plusieurs infirmiers libéraux se sont inquiétés sur les réseaux sociaux des propriétés virucides du gel hydroalcoolique qui leur a été distribué samedi 28 mars lors d’une dotation de masques par la Ville et le comité départemental de l’ordre des infirmiers.

Coronavirus : “Physiquement, nerveusement dur”, le quotidien d’une infirmière libérale en Pays de la Loire

Ils sont 2.500 en Pays de la Loire, les infirmières et infirmiers libéraux. Eux aussi sont en première ligne dans le combat contre la pandémie de coronavirus. Chaque jour, ils rendent visite à leurs patients, une très grande majorité de personnes âgées. Témoignage d’une infirmière mayennaise.

  • Les praticiens hospitaliers

La fatigue et la trouille : à l’hôpital, le coronavirus met les soignants sous haute tension

Alors que le Covid-19 étend son emprise en France, la communauté soignante subit un quotidien de crise, entre brutalité de la maladie, réorganisation au pas de charge, craintes des pénuries et des contaminations.

Pénuries de médicaments et de matériel : des réquisitions sont nécessaires !

Une coalition de soignants et d’associations a saisi le Conseil d’État pour réquisitionner les masques, tests, médicaments de réanimation et de soins palliatifs. Depuis le début de l’épidémie, les masques sont en quantité insuffisante. Les recommandations concernant leur utilisation pour les professionnels de santé varient au fil du temps, s’adaptant à la pénurie et visant à limiter leur utilisation, avec une mise en danger inacceptable des personnels hospitaliers, notamment des salariés réquisitionnés.

Coronavirus : 78 % des soignants déclarent manquer de masques FFP2 y compris à l’hôpital selon le SNPI

Le Syndicat National des Professionnels Infirmiers a réalisé un sondage par Internet visant à évaluer l’équipement des soignants face au coronavirus COVID-19. Les résultats obtenus semblent indiquer que le secteur libéral n’est pas le seul secteur à être impacté par le manque de matériel de protection et d’hygiène. La prise en charge des patients serait dégradée. Certains patients suspects ne seraient pas testés faute de moyens ou de budget.

Coronavirus : à l’hôpital du Rouvray, les soignants doivent mettre à sécher leurs masques pour les réutiliser

En première ligne dans la lutte contre le coronavirus, le personnel hospitalier continue de dénoncer ses conditions de travail, près de trois semaines après le début du confinement. Reportage à Sotteville-les-Rouen en Seine-Maritime.

  • Les médecins généralistes

 Témoignages de médecins généralistes : “la téléconsultation rassure les patients, surtout pour le suivi de Covid-19”

Sa salle d’attente a été désertée. Mais dans son cabinet, Thierry Ozenne, médecin généraliste à Creully (Calvados), ne chôme pas. Il découvre à 61 ans la téléconsultation. Si ça reste compliqué de faire la différence entre une grippe ou le Covid 19, les médecins généralistes peuvent néanmoins vite repérer les détresses respiratoires en téléconsultation. Il suffit de faire parler une personne assez vite pour voir si le souffle est normal ou non.

Coronavirus : Doctolib accusé par des médecins de profiter du confinement pour facturer des frais supplémentaires

Elle concerne les paiements en ligne par les patients, dont le portail prélève désormais 1 % au titre des frais bancaires. « C’est un peu comme lorsque certains ont augmenté les prix des gels hydroalcooliques au début de l’épidémie, dénonce un généraliste.

Coronavirus : Deux soignants soupçonnés d’avoir exercé en se sachant contaminés, dans le viseur de la justice

Un professionnel du corps paramédical à Pau, et un médecin généraliste dans le Pays Basque, sont accusés d’avoir continué à exercer en se sachant contaminés par le Covid-19.

Coronavirus : les médecins généralistes s’inquiètent de la désertion de leurs cabinets

Alors que la France connaît l’une des plus graves crises sanitaires de son histoire avec la propagation du Covid-19 sur son sol, les médecins généralistes font le constat d’une baisse d’activité considérable dans leurs cabinets. Ils veulent pourtant aussi jouer leur rôle dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus.

Pierre-Louis Druais, médecin généraliste : « Les malades chroniques n’osent pas appeler, c’est notre travail de les repérer »

Membre du conseil scientifique Covid-19 mis en place par le gouvernement, Pierre-Louis Druais alerte sur les risques pour les autres malades de ne pas être suivis et pris en charge.

LA TRIBUNE DE LA SEMAINE

« La concurrence entre États sur l’achat de matériel médical et sanitaire aggrave le problème »

Laurence Folliot Lalliot

 La juriste Laurence Folliot Lalliot dénonce la compétition entre certains gouvernements pour récupérer des masques et autres produits, se retrouvant liés à des intermédiaires peu scrupuleux.

Tribune.

La pénurie de respirateurs, masques et autres tests a créé une situation inédite de concurrence entre les pays, et même au sein des États entre les acheteurs publics, tels que les municipalités ou les structures hospitalières.

Plus question d’appels d’offres transparents, les délais en sont trop lents, les procédures trop rigides. Partout sur la planète, l’heure est à la négociation directe, aux marchés de gré à gré, instruments utiles dans les situations d’urgence sanitaire, mais qui s’accompagnent souvent d’un cortège prévisible de favoritisme, malversations, et surfacturations, porteurs de futurs contentieux.

Ce constat a été dressé lors d’un colloque en ligne, « Public Contracts and the Covid-19 Coronavirus », qui a réuni le 23 mars des spécialistes de la commande publique de plusieurs pays, sous la houlette des professeurs Christopher R. Yukins (George Washington University) et Gabriella Racca (université de Turin). Les participants ont décrit une véritable course aux lots de matériels hospitaliers et sanitaires, notamment à travers des sites d’enchères en ligne sur lesquels les centrales d’achats mais aussi les grands acheteurs publics se positionnent, prêts à bondir sur les offres postées par les entreprises.

Les fournisseurs exigent des avances

Les logiques de l’achat public s’inversent : les vendeurs se retrouvent en position dominante pour fixer les prix et les acheteurs sont en concurrence entre eux. Les prix s’envolent, les achats doivent être approuvés très rapidement, faisant mécanismes administratifs traditionnels d’approbation. Un marché important a ainsi été manqué par une grande ville de Californie parce que le responsable des achats avait mis plus d’une heure à délivrer son autorisation.

Des avances financières sont exigées par les fournisseurs même dans les pays qui ne les pratiquent pas en principe. Des commandes publiques lancées il y a déjà plusieurs semaines, alors que la crise sanitaire s’annonçait, ne sont plus honorées, les vendeurs trouvant de nouveaux acquéreurs prêts à payer un prix bien supérieur.

« Cet état de surchauffe de la demande est aggravé par les intermédiaires qui spéculent sur la pénurie»

En temps normal, la question qui agite les spécialistes de la commande publique internationale porte sur l’accès des entreprises étrangères aux marchés publics nationaux. Désormais, la problématique s’inverse : les acheteurs publics nationaux vont-ils arriver à se fournir dans d’autres pays quand leur production intérieure est insuffisante, voire inexistante ?

Cet état de surchauffe de la demande, nationale ou internationale, est aggravé par la multiplication d’intermédiaires qui

spéculent sur la pénurie. Des intermédiaires peu scrupuleux qui se précipitent en Chine, où les usines redémarrent, pour rafler les stocks afin de les revendre à des prix considérablement plus élevés, sans même vérifier si les lots fabriqués au plus fort de la crise sanitaire répondent aux normes des pays acheteurs : par exemple des respirateurs chinois inutiles, faute de prises électriques adaptées en Europe.

Évidemment, des soupçons d’entente et de collusion entre ces intermédiaires ou entre les fournisseurs renforcent l’impression d’un climat délétère et réveillent le souvenir des accapareurs, pendant la Révolution française notamment.

Mise en danger des soignants

Ces ruptures, ou plutôt ces détournements d’approvisionnement, sont amplifiées par les politiques de certains Etats qui se lancent dans la captation des produits convoités. La révélation de la tentative américaine de rachat, avec droit exclusif, d’un brevet d’un laboratoire allemand, ou encore la « confiscation », à l’aéroport de Prague, de masques chinois à destination de l’Italie, constituent des illustrations de ces replis nationaux.

Même constat pour l’accès aux composants nécessaires à la fabrication des produits finis : des usines françaises prêtes à produire des tests attendent ainsi la livraison de composants déjà réservés par ailleurs…

Les dégâts de ces comportements sur les chaînes d’approvisionnement des matériels sanitaires de première nécessité se font sentir : mise en danger des personnels soignants en première ligne face à la contagion, exaspération populaire face à

la lenteur des livraisons, désarroi des pays pauvres qui sont exclus de ces approvisionnements cruciaux, fuite en avant des déficits budgétaires, renforcement de la corruption et des circuits mafieux parallèles. La liste est longue et certainement incomplète tant la visibilité est réduite. Lorsque la crise sera terminée, viendra le temps des critiques.

« Il faut mobiliser les spécialistes de la concurrence, du commerce international et des achats publics »

Maintenant, la réponse à ces dysfonctionnements des chaînes d’approvisionnement doit mobiliser les spécialistes de la concurrence, du commerce international et des achats publics dans le champ de la santé publique. Certes, les outils numériques sont une chance, car ils accroissent la transparence en permettant la publicité des opérations, en facilitant les transactions en ligne, en surveillant la logistique des livraisons, mais encore faut-il qu’ils soient utilisés de manière pertinente, à l’issue de débats des décideurs politiques.

Est-il possible d’envisager la mise en place rapide d’une régulation mondiale des approvisionnements sanitaires essentiels à travers l’Organisation mondiale de la santé, via des quotas par exemple, alors que les principaux acteurs mondiaux s’en défient ? Peut-on dégager une solution de coordination au moins européenne ? Quels rôles pour les banques multilatérales dans le soutien aux livraisons des Etats les plus pauvres ? Faut-il interdire les exportations de produits considérés comme essentiels (54 pays dont la France l’ont déjà décidé) au risque de renforcer la pénurie

mondiale ? Quelle place pour les labels et certifications ? Comment réintroduire de la transparence dans un marché devenu opaque ?

Toutes ces questions doivent être envisagées alors qu’il ne faudrait pas que des ruptures en approvisionnement de médicaments, si des traitements efficaces sont finalement découverts, s’ajoutent à ce sombre tableau.

Laurence Folliot-Lalliot, professeure de droit public, est codirectrice du Master droit de l’économie et membre du Centre de Recherches sur le droit public (CRDP) à l’université Paris-Nanterre.

Publication : 8 avril 2020 | Catégorie(s) :